Compléments alimentaires

Comment repérer un complément alimentaire douteux ?

Un complément douteux se trahit souvent avant l'achat. Il promet de soigner une maladie, annonce une perte de poids chiffrée ou s'appuie sur la recommandation d'un « docteur » : trois choses que le droit européen interdit. Il mise sur les témoignages et se vend volontiers sur les réseaux sociaux ou des sites inconnus. Le risque le plus grave, lui, ne se lit pas sur la boîte : certains produits dits naturels, surtout pour maigrir ou pour la sexualité, contiennent des médicaments non déclarés. Un signal isolé ne prouve pas une fraude. Plusieurs à la fois doivent vous arrêter.

Adulte qui examine une boîte de complément sans marque devant un ordinateur
Vérifier un complément avant de l'acheter. (Illustration générée par IA.)

À retenir

  • Un complément alimentaire n’a pas le droit de prétendre prévenir, traiter ou guérir une maladie, ni sur l’emballage ni dans la publicité [7][5].
  • Lors de contrôles menés en 2023, la DGCCRF a relevé des anomalies dans un tiers des 270 établissements visités, dont des allégations thérapeutiques interdites [5].
  • L’Anses signale des produits « naturels » à visée minceur ou aphrodisiaque qui contiennent en réalité des médicaments non déclarés, vendus surtout via internet et les réseaux sociaux [1].
  • Un effet « trop » fort pour un produit censé ne contenir que des plantes doit faire penser à une adultération [1].
  • Un effet indésirable se déclare à la nutrivigilance de l’Anses, une publicité trompeuse sur SignalConso [4][14].

Cet article porte sur les signaux d’alerte. La lecture détaillée de l’étiquette (mentions obligatoires, « % VNR ») fait l’objet d’un guide à part.

Pourquoi un complément mérite-t-il d’être examiné de près ?

Parce que les contrôles trouvent beaucoup de problèmes. En 2023, la DGCCRF a contrôlé 270 établissements, des fabricants aux distributeurs, dans des parapharmacies, des salles de sport, des commerces et sur des sites internet. Un tiers présentait des anomalies : une mention d’étiquetage à corriger, des allégations interdites ou fausses, des écarts entre les doses annoncées et les doses réelles [5]. Pour les produits qui ne visaient pas les enfants, le taux de non-conformité atteignait 37 % (20 % pour les produits destinés aux enfants) [5].

Internet compte de plus en plus. Les compléments restent surtout achetés en pharmacie, mais l’Anses écrit que l’achat en ligne « s’est fortement développé chez les adultes depuis 2015, passant de 1 % à 11 % » [2]. L’agence rappelle aussi que ces produits sont « souvent perçus comme anodins », alors qu’ils peuvent dans certains cas exposer à des risques sanitaires [3].

Un détail du bilan de la DGCCRF en dit long. Des microentreprises qui vendent sur internet, sans service juridique, reprennent des allégations vues chez des concurrents en ligne sans vérifier qu’elles sont autorisées [5]. Une phrase copiée sur dix sites n’en devient pas plus légale.

Quelles promesses doivent vous alerter ?

« Soigne », « guérit », « traite » : la promesse médicale

C’est le signal le plus net. Le règlement européen sur l’information des consommateurs interdit d’attribuer à un aliment « des propriétés de prévention, de traitement ou de guérison d’une maladie humaine », et même d’évoquer ces propriétés [S7, art. 7.3]. La règle vaut aussi pour la publicité et la présentation du produit [S7, art. 7.4]. Les compléments alimentaires y sont soumis, et la DGCCRF qualifie ces mentions d’« allégations thérapeutiques interdites » [5].

Les enquêteurs en trouvent quand même. Parmi les exemples relevés en 2023 : « La vitamine C reconnue depuis tout temps pour son effet anti-cancer » ou encore « Traitement de l’anémie » [5].

Les kilos promis, la caution d’un « docteur », la peur

Le règlement (CE) n° 1924/2006 interdit trois types d’allégations de santé [S6, art. 12] :

  • celles qui font référence au rythme ou à l’importance de la perte de poids (pour prendre un exemple inventé, « moins 5 kilos en 10 jours ») ;
  • celles qui s’appuient sur la recommandation d’un médecin ou d’un professionnel de santé déterminé ;
  • celles qui laissent entendre que ne pas prendre le produit pourrait nuire à votre santé.

Le bilan 2023 de la DGCCRF en donne un cas réel : une allégation sur le ginseng présentée comme l’affirmation de « M. X, docteur en Pharmacie » [5]. Les allégations sur l’importance de la perte de poids figurent aussi dans la liste des manquements [5].

Plus largement, une allégation ne doit pas être « inexacte, ambiguë ou trompeuse ». Elle ne doit pas non plus affirmer qu’une alimentation équilibrée et variée ne peut pas, en général, apporter les nutriments nécessaires [S6, art. 3]. Une publicité qui vous assure que « personne ne mange assez de » telle ou telle chose se rapproche, selon notre lecture, de ce que ce texte interdit.

Une formule « contribue à » introuvable dans le registre

Le principe européen est simple : une allégation de santé est interdite, sauf si elle est autorisée et inscrite sur les listes de l’Union [S6, art. 10.1]. La Commission publie un registre des allégations autorisées et de celles qui ont été refusées [8]. Une exception complique la vérification. Les allégations portant sur des plantes, dont l’évaluation n’est pas terminée, n’y figurent pas [8]. Leur absence du registre ne suffit donc pas à conclure à une fraude. Pour une vitamine ou un minéral, en revanche, une promesse qui ne ressemble à aucune formule du registre mérite de la méfiance.

« Tout-en-un », « immédiat », « miracle »

La FDA, l’agence sanitaire américaine, liste six indices classiques des arnaques santé [11]. La liste vise le public américain, mais rien n’y est propre aux États-Unis :

  • Un seul produit pour tout. Méfiez-vous d’un produit qui prétend agir sur une longue liste de maladies [11].
  • Les témoignages de « réussite ». Ils sont faciles à inventer et ne remplacent pas une preuve scientifique. La FDA ajoute que les avis publiés sur les grandes places de marché et les réseaux sociaux peuvent être faux [11].
  • Le résultat rapide. Peu de problèmes de santé se règlent vite, même avec des produits légitimes [11].
  • Le « 100 % naturel ». Ces mots ne garantissent pas la sécurité [11].
  • Le « remède miracle ». Ce genre de formule doit déclencher l’alarme [11]. L’Anses le dit aussi : restez vigilant face aux produits présentés comme miraculeux [2].
  • La théorie du complot. Le « remède que les laboratoires ne veulent pas que vous connaissiez » sert à détourner l’attention des questions de bon sens [11].

Le circuit de vente : où le risque grimpe-t-il ?

Réseaux sociaux, annonces, sites inconnus

L’Anses recommande de privilégier les produits vendus dans les circuits les mieux contrôlés [2]. Elle demande d’être « très vigilants » envers ceux qui sont vendus hors des circuits traditionnels, notamment sur internet [3]. Pour les produits minceur ou aphrodisiaques, elle conseille d’éviter les circuits parallèles, les réseaux sociaux et internet [1].

Pour les sportifs, la consigne est plus directe encore : choisir des produits conformes à la norme européenne EN 17444:2021 et éviter les achats sur internet [13]. Certaines substances, comme les stéroïdes anabolisants, le clenbutérol ou l’éphédrine, sont interdites, et l’Anses qualifie leur présence dans un complément de fraude [13].

Le danger caché : les produits adultérés

Un produit adultéré contient une substance active non mentionnée dans sa composition [1]. L’Anses décrit des produits « naturels », le plus souvent pour maigrir ou pour la sexualité, qui renferment du sildénafil ou du tadalafil, deux médicaments des troubles de l’érection soumis à ordonnance, ou de la sibutramine, un coupe-faim interdit en France depuis 2010 [1]. Ils circulent par des annonces sur les réseaux sociaux ou sur internet, et les intoxications sont « parfois dramatiques » [1].

Le piège tient à la composition affichée. L’acheteur lit une liste de plantes, croit prendre un produit naturel et avale en fait un médicament [1]. La sibutramine et la fenfluramine, retrouvées dans des compléments minceur, exposent à un risque d’accidents cardiovasculaires graves [1]. Ces molécules peuvent aussi interagir avec d’autres traitements [1][10].

Le problème dépasse la France. La FDA a identifié plus d’un millier de produits vendus comme compléments ou aliments qui contenaient des médicaments ou des substances chimiques cachés. Ils visaient surtout la sexualité, la perte de poids, la musculation, les douleurs articulaires, le diabète et le sommeil [10]. Parmi ses signaux d’alerte [10] :

  • un produit pour la sexualité qui promet un effet immédiat, du type « agit en 30 minutes » ;
  • un produit minceur dont les avertissements et le mode d’emploi ressemblent à ceux d’un médicament ;
  • un produit contre la douleur qui promet de remplacer un traitement de maladie chronique ;
  • une étiquette où les informations sur l’entreprise sont vagues ou absentes.

L’Anses ajoute un indice qui se remarque après coup : un effet secondaire, ou une efficacité « très (trop) importante » pour un produit censé ne contenir que des plantes, doit faire penser à une adultération [1]. Si un produit « 100 % plantes » agit comme un médicament, c’est peut-être qu’il en contient un.

Vérifier un produit en cinq minutes

Aucune de ces vérifications ne garantit qu’un produit est efficace ou sans danger. Elles permettent d’écarter les cas les plus suspects.

  1. Relisez la promesse. Une maladie citée, un nombre de kilos, un « docteur » qui recommande, un effet « immédiat » : c’est non [6][7][10].
  2. Cherchez le responsable. Des informations vagues ou absentes sur l’entreprise font partie des signaux d’alerte relevés par la FDA [10].
  3. Vérifiez la déclaration. Le ministère de l’Agriculture publie sur data.gouv.fr la liste des compléments ayant obtenu une attestation de déclaration de commercialisation en France. Les produits en attente, retirés ou refusés n’y figurent pas [9]. Une attestation de déclaration reste une formalité administrative : la liste ne dit rien de l’efficacité du produit.
  4. Comparez l’allégation avec le registre européen, en gardant en tête l’exception des plantes [8].
  5. Regardez où vous achetez. Annonce sur un réseau social, site inconnu, vendeur qui vous écrit en message privé : mieux vaut passer votre chemin [1][2].

Un mot sur les pharmacies en ligne. Pour les médicaments, l’ANSM rappelle que les sites de vente doivent être adossés à une pharmacie physique existante, et qu’une liste officielle des pharmacies autorisées à vendre en ligne permet de vérifier un site [12]. Acheter un médicament sur un site non autorisé expose à des risques importants [12].

Où signaler un complément douteux ?

Après un effet indésirable. L’Anses gère depuis 2009 un dispositif de nutrivigilance. Les particuliers peuvent déclarer eux-mêmes, comme les professionnels de santé et les fabricants, sur le portail national de signalement des événements sanitaires indésirables ou sur le formulaire en ligne nutrivigilance-anses.fr [4]. L’anonymat du consommateur est préservé [4]. L’Anses juge tout de même préférable de passer par un professionnel de santé [3]. En 2024, elle a enregistré 478 déclarations [4].

Gardez le produit. Dans l’un des cas examinés en 2024, l’Anses n’a pas pu tester l’hypothèse d’une adultération, faute d’échantillon à analyser [4]. Elle recommande de conserver les gélules ou comprimés restants, car seules des analyses permettent d’identifier la fraude [1].

Face à une publicité ou une étiquette trompeuse. La DGCCRF reste chargée de la loyauté de l’information et de la surveillance des allégations abusives [4]. Son service SignalConso est gratuit et accepte les signalements sur les achats en ligne. L’entreprise est informée, et la DGCCRF peut décider d’un contrôle si les signalements s’accumulent ou si le problème lui paraît grave [14].

Face à un site qui vend des produits frauduleux. L’Anses indique qu’il peut être signalé au portail du ministère de l’Intérieur, internet-signalement.gouv.fr [1].

Quand consulter

  • Vous ressentez un effet inhabituel après avoir pris un complément (cœur qui s’accélère, douleur dans la poitrine, troubles de la vue, vertiges, érection prolongée et douloureuse) : appelez un centre antipoison, joignable 24 h/24 et 7 j/7, ou votre médecin [1][15]. Gardez l’emballage et les gélules restantes [1][15].
  • La personne ne respire pas ou n’est pas consciente : appelez le 15 [15].
  • Vous êtes enceinte ou allaitez, vous prenez un traitement, ou il s’agit d’un enfant : l’Anses recommande de consulter un professionnel de santé avant tout complément [3].

Ces symptômes sont ceux que l’Anses décrit pour les médicaments retrouvés dans des produits adultérés, ou qu’elle a observés lors d’une intoxication [1]. Ils ne sont pas spécifiques : seul un professionnel peut faire le lien avec un produit.

Questions fréquentes

Un complément vendu en pharmacie est-il forcément fiable ?

Ce n’est pas une garantie absolue. La pharmacie reste le premier lieu d’achat des compléments [2], et l’Anses conseille de privilégier les circuits les mieux contrôlés [2] : les produits contenant des médicaments cachés qu’elle décrit circulent surtout hors des commerces conventionnels [1]. Mais les contrôles de la DGCCRF ont aussi porté sur des parapharmacies, et le bilan ne détaille pas les anomalies par type de vendeur [5]. Les signaux d’alerte de cet article valent donc partout.

Un produit présent dans la liste des déclarations a-t-il prouvé son efficacité ?

Non. La liste publiée sur data.gouv.fr recense les compléments ayant obtenu une attestation de déclaration de commercialisation [9]. C’est une étape administrative, pas une évaluation de l’efficacité.

« Naturel » veut-il dire sans danger ?

Non. La FDA rappelle que « naturel » ne veut pas dire sûr [11]. L’Anses décrit des produits présentés comme naturels, dont la composition ne mentionne que des plantes, mais qui contiennent des médicaments [1].

J’ai acheté un produit suspect mais je n’ai aucun symptôme. Que faire ?

Par prudence, arrêtez de le prendre et conservez-le. Vous pouvez signaler une publicité ou une étiquette trompeuse sur SignalConso [14], et un site frauduleux sur internet-signalement.gouv.fr [1]. Si vous avez un doute pour votre santé ou un traitement en cours, demandez conseil à un professionnel de santé [2].

En résumé

Un complément douteux se repère d’abord à ce qu’il promet : guérir, faire fondre des kilos, agir en quelques minutes, avec l’appui d’un « docteur » ou d’une avalanche de témoignages. Ensuite, à l’endroit où on vous le vend. Les circuits contrôlés limitent le risque sans le supprimer [1][2][5]. Et si un produit « à base de plantes » agit trop fort, prenez-le au sérieux : gardez-le, parlez-en à un professionnel et signalez-le.

Sources

Toutes les sources ont été consultées le 12/10/2026.

Écrit par M. A. B.

Fondateur de Conception Santé. Chaque article répond à une question concrète du quotidien et s'appuie sur des sources officielles et scientifiques (HAS, Anses, OMS, études publiées), vérifiées avant publication. Les articles sont préparés avec l'aide d'outils d'IA puis relus. En cas de problème de santé, consultez un médecin ou un pharmacien.

Article préparé avec l’aide d’outils d’IA, à partir de sources scientifiques et institutionnelles vérifiées, puis relu par la rédaction. Information générale : ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Notre méthode