Compléments alimentaires

Produits naturels : « naturel » ne veut pas dire sans risque

Non, une origine végétale ne garantit pas qu'un produit est sûr. Un complément à base de plantes peut contenir des dizaines de composés chimiques, dont certains agissent sur l'organisme, et sa composition varie d'un produit à l'autre. En France, l'Anses a recensé des effets indésirables liés à des compléments à l'ashwagandha, au curcuma ou à la levure de riz rouge. Certaines plantes, comme le millepertuis, peuvent aussi rendre un médicament moins efficace. Cela ne veut pas dire que tout produit naturel est dangereux. Il mérite simplement les mêmes précautions qu'un autre.

Plantes séchées, gélules et flacon ambré sans étiquette sur une table en bois
« Naturel » ne veut pas dire sans risque. (Illustration générée par IA.)

À retenir

  • Le NCCIH, centre public américain rattaché aux Instituts nationaux de la santé (NIH), rappelle que « naturel » ne veut pas forcément dire plus sûr ni meilleur pour la santé [1].
  • En 2024, l’Anses a recommandé à plusieurs groupes de personnes, dont les femmes enceintes, de s’abstenir des compléments contenant de l’ashwagandha [4].
  • Les compléments au curcuma ont fait l’objet de plus de 100 signalements d’effets indésirables en France, dont 15 hépatites [5].
  • Selon l’EFSA, la monacoline K de la levure de riz rouge est identique à la lovastatine, un médicament contre le cholestérol [7].
  • Le millepertuis peut affaiblir l’effet de nombreux médicaments, dont la pilule contraceptive [10][11].

Pourquoi « naturel » ne garantit-il pas la sécurité ?

L’idée a la vie dure : ce qui vient de la nature serait plus doux que ce qui sort d’un laboratoire. Le NCCIH explique que cette préférence repose en partie sur l’image d’une nature pure, supérieure à ce que fabrique l’homme. Ces croyances, ou ces biais, influencent les décisions que les gens prennent pour leur santé [1]. Elles ne disent rien, en revanche, de ce que contient la gélule.

Une plante est un mélange de molécules actives

Une plante n’est pas une substance unique. Un complément à base de plantes peut contenir des dizaines de composés chimiques, et on ne les connaît pas forcément tous [1]. L’ashwagandha, par exemple, renferme des lactones stéroïdiques (les withanolides) et plusieurs familles d’alcaloïdes [4]. Les huiles essentielles sont, d’après un bulletin de l’Anses, « des mélanges complexes de substances chimiques d’origine naturelle ». Certaines contiennent des substances « pharmacologiquement actives et potentiellement toxiques » [9].

La nature fabrique aussi ses propres poisons. Le NCCIH cite le mercure, l’arsenic, le venin de serpent ou la ricine tirée des graines de ricin [1]. Plus près de l’assiette, certaines plantes produisent des alcaloïdes pyrrolizidiniques, des toxines qu’on peut retrouver dans le thé, les infusions et des compléments [8].

Une composition qui varie d’un produit à l’autre

La composition d’une plante n’est pas fixe. Pour l’ashwagandha, l’Anses relève une « grande variabilité » des teneurs en withanolides et en alcaloïdes selon la partie de la plante [4]. Elle note aussi que les quantités de ces composés apportées par les produits ne sont « que très rarement renseignées » par les entreprises qui les vendent [4].

Même chose pour les huiles essentielles, dont la composition change selon l’espèce, la sous-espèce, la partie de la plante, le climat, le lieu et la période de récolte. Résultat, selon l’Anses : il est difficile de savoir à quelles substances on est exposé quand on en utilise [9]. Le NCCIH va plus loin pour les compléments : ce qui est écrit sur l’étiquette peut ne pas correspondre à ce qu’il y a dans le produit [2].

Quant au mot « naturel » lui-même, le droit européen ne l’encadre que dans un cas précis. Nous l’expliquons dans notre guide sur la lecture des étiquettes.

Que montrent les alertes des agences sanitaires ?

Les exemples qui suivent viennent d’avis ou de bulletins publiés par des agences sanitaires. Ils ne veulent pas dire que ces produits rendent malades la plupart de ceux qui les prennent. Ils montrent que des effets indésirables ont été signalés, et que les agences les ont jugés assez sérieux pour émettre des recommandations.

L’ashwagandha : un succès commercial sous surveillance

L’ashwagandha (Withania somnifera), qu’on appelle aussi « ginseng indien », vient de la médecine traditionnelle indienne et connaît un fort engouement en Occident [4]. Plus de 250 produits en contenant ont été déclarés en France entre avril 2016 et mars 2021 [4]. Leur mise sur le marché a été acceptée faute d’éléments solides prouvant un risque, mais sans qu’on ait pu définir des conditions d’emploi garantissant leur sécurité [4].

Dans son avis d’avril 2024, l’Anses s’est appuyée notamment sur les signalements reçus par sa nutrivigilance (huit depuis 2009) et sur les cas décrits dans la littérature [4]. Sa conclusion : faute de données de qualité suffisante, impossible de définir un niveau de consommation sans risque [4]. Elle évoque des suspicions d’effets indésirables sur la thyroïde, le foie, le cœur, le système nerveux central, la fertilité et le développement du fœtus [4]. Elle recommande donc de s’abstenir de ces compléments [4] :

  • en cas de maladie de la thyroïde, du foie ou du cœur, ou d’hyperandrogénie ;
  • pendant la grossesse ;
  • en cas de traitement sédatif ou agissant comme dépresseur du système nerveux central ;
  • par précaution, pendant l’allaitement et avant 18 ans, faute de données.

Les experts de l’Anses déconseillent aussi d’en prendre si l’on conduit ou si l’on utilise des machines, parce que des essais cliniques ont mis en évidence un effet de somnolence [4]. Le Danemark et l’Allemagne recommandent, eux, de ne pas utiliser cette plante dans les compléments [4]. Et l’Anses estime qu’une réflexion du même ordre mériterait d’être menée sur les autres aliments qui en contiennent, notamment les tisanes [4].

Le curcuma en gélules : des hépatites signalées

L’alerte publiée par l’Anses en juin 2022 vise les compléments alimentaires contenant du curcuma ou de la curcumine, pas l’épice : l’agence juge faible l’exposition apportée par l’alimentation [5]. Le dispositif de nutrivigilance avait reçu plus de 100 signalements d’effets indésirables susceptibles d’être liés à ces compléments, dont 15 hépatites [5]. L’Italie, de son côté, avait recensé une vingtaine de cas d’hépatite [5].

Le curcuma stimule la sécrétion de bile. L’Anses déconseille donc ces compléments aux personnes qui souffrent de maladies des voies biliaires. Elle pointe aussi un risque d’interaction avec certains médicaments, dont les anticoagulants, les anticancéreux et les immunosuppresseurs, et déconseille ces compléments aux personnes traitées par ces médicaments sans avis médical [5]. Sa formule résume le sujet : les compléments alimentaires « ne sont pas des produits anodins » [5].

La levure de riz rouge : une statine qui ne dit pas son nom

La levure de riz rouge entre dans de nombreux compléments qui promettent de maintenir un taux normal de cholestérol [6]. Elle contient des monacolines, dont la monacoline K. Pour l’EFSA, celle-ci est identique, sous sa forme lactone, à la lovastatine, principe actif de médicaments contre l’excès de cholestérol autorisés dans l’Union européenne [7].

L’Anses a reçu 25 signalements bien documentés. Dans les cas où le lien avec le produit a été jugé probable ou très probable, il s’agissait surtout d’atteintes musculaires, et trois fois d’atteintes du foie [6]. En 2018, l’EFSA n’a pas pu identifier un niveau d’apport en monacolines qui ne pose pas de problème pour la santé [7]. L’Anses conseille de demander l’avis d’un médecin avant d’en prendre, et rappelle que ces compléments ne peuvent pas remplacer un traitement contre le cholestérol [6].

Les huiles essentielles : des appels en hausse aux centres antipoison

L’Anses a analysé les appels aux centres antipoison pour des produits composés uniquement d’huiles essentielles. On est passé de 1 926 cas en 2011 à plus de 4 000 par an entre 2018 et 2020, puis à 3 752 en 2021 [9]. Les personnes exposées étaient surtout de jeunes enfants, avec un âge médian de 3 ans [9].

Plus d’un tiers des cas (36 %) venaient d’une confusion avec un autre produit au flacon semblable. C’était la première cause d’accident chez les bébés de moins d’un an. Le bulletin précise que, dans la majorité des cas, un parent ou un proche avait donné par erreur une huile essentielle à la place de la vitamine D [9].

Quinze huiles essentielles ne peuvent d’ailleurs être délivrées qu’en pharmacie, à cause de leurs propriétés neurotoxiques, irritantes, phototoxiques ou cancérogènes [9]. Celle de gaulthérie, faite presque entièrement de dérivés proches de l’aspirine, ne doit pas être avalée [9]. L’ANSM rappelle que les huiles essentielles présentent un risque accru de toxicité en cas de mauvais usage [15].

Des toxines de plantes dans les tisanes et les compléments

Les alcaloïdes pyrrolizidiniques sont produits par différentes plantes et peuvent se retrouver dans la chaîne alimentaire sans que personne l’ait voulu [8]. En 2017, l’EFSA a estimé que l’exposition à ces toxines représentait une possible préoccupation à long terme, à cause de leur potentiel cancérogène, en particulier chez les grands consommateurs de thé et d’infusions [8]. Pour les compléments fabriqués à partir de plantes qui en produisent, elle évoquait des niveaux d’exposition pouvant entraîner une toxicité à court terme [8].

Le thé vert illustre un autre cas de figure : le risque porte sur certains extraits en gélules plutôt que sur la tasse. Nous le détaillons dans notre article sur le thé vert.

Ailleurs : le kava et l’éphédra

Le NCCIH cite deux autres exemples. Le kava, pris en complément contre l’anxiété, pourrait être associé à de graves atteintes du foie. L’éphédra est associée à des problèmes cardiaques et à un risque de décès, et la FDA, l’agence sanitaire des États-Unis, a interdit en 2004 la vente des compléments contenant ses alcaloïdes [1].

Reste un risque d’une autre nature : des produits vendus comme « naturels » qui contiennent en réalité des médicaments non déclarés. C’est de la fraude, et nous en parlons dans notre article sur les compléments douteux.

Plantes et médicaments : pourquoi le mélange peut poser problème

Selon l’Anses, prendre en même temps des produits à base de plantes et des médicaments peut modifier de façon importante la manière dont ces médicaments agissent et sont éliminés. Résultat possible : plus d’effets indésirables, ou un traitement qui perd de son efficacité [4].

L’exemple le plus connu est le millepertuis. Le NCCIH indique qu’il peut interagir de façon dangereuse, parfois mortelle, avec divers médicaments [10]. Il peut en affaiblir beaucoup, parmi lesquels les pilules contraceptives, la ciclosporine utilisée après une greffe, la warfarine (un anticoagulant) et certains traitements du VIH [10]. La Haute Autorité de santé range le millepertuis, disponible sans ordonnance, parmi les produits qui peuvent diminuer l’efficacité de la pilule, pendant la prise et jusqu’à un cycle après l’arrêt [11]. Pris avec certains antidépresseurs, il peut aussi provoquer des effets indésirables liés à la sérotonine, parfois graves [10].

D’autres situations sont moins connues. Avant une opération, certains compléments peuvent augmenter le risque de saignement ou modifier la réaction à l’anesthésie [2]. Le NHS britannique cite de son côté les médicaments du diabète, ceux de l’hypertension, les anticoagulants comme la warfarine et la contraception hormonale (dont la pilule combinée) parmi les traitements qui se combinent mal avec les médicaments à base de plantes [12].

La conduite à tenir ne change pas : si vous prenez déjà un médicament, y compris sans ordonnance, demandez l’avis d’un pharmacien avant d’ajouter une plante [12]. N’arrêtez pas non plus un traitement prescrit sans en parler à votre médecin [12]. Et signalez vos compléments à votre médecin, comme l’Anses le juge nécessaire pour tout complément alimentaire [4]. Les interactions entre compléments et médicaments feront l’objet d’un article à part.

Qui doit être le plus prudent ?

Les recommandations officielles reviennent souvent vers les mêmes publics.

  • Les femmes enceintes ou qui allaitent. Beaucoup de compléments n’ont pas été testés chez elles [2], et le NHS déconseille les médicaments à base de plantes pendant la grossesse et l’allaitement [12].
  • Les enfants. Le NHS ne recommande pas les médicaments à base de plantes chez l’enfant, faute de données suffisantes sur leur sécurité [12]. Et les appels aux centres antipoison pour des huiles essentielles concernent surtout de jeunes enfants [9].
  • Les personnes qui ont une maladie du foie ou des reins, à qui le NHS déconseille ces produits [12]. L’Anses vise aussi les maladies du foie dans ses avis sur l’ashwagandha et la levure de riz rouge [4][6].
  • Les personnes sous traitement, notamment anticoagulant, immunosuppresseur, anticancéreux, contraceptif oral ou antidépresseur [5][10][11].
  • Les personnes qui vont être opérées, à cause du risque de saignement ou d’interaction avec l’anesthésie [2].

Pour tout le monde, l’Anses donne plusieurs conseils généraux, parmi lesquels : demander conseil à un professionnel de santé, éviter les prises prolongées, répétées ou multiples, et privilégier les produits vendus dans les circuits les mieux contrôlés [3].

Effet indésirable : comment le signaler ?

Si un effet inhabituel apparaît après un complément, le NCCIH conseille d’arrêter le produit et de contacter un professionnel de santé [2]. En France, cet effet peut être déclaré à la nutrivigilance de l’Anses. Les particuliers peuvent le faire eux-mêmes, tout comme les professionnels de santé, sur le portail de signalement des événements sanitaires indésirables ou sur le formulaire en ligne de l’Anses [13]. L’anonymat du consommateur est préservé [13]. En 2024, l’Anses a enregistré 478 déclarations [13].

Ces déclarations servent. L’avis de l’Anses sur l’ashwagandha s’appuie entre autres sur les signalements reçus, et c’est la nutrivigilance qui a recensé les hépatites liées aux compléments au curcuma [4][5]. Les étapes pratiques (où trouver le nom du fabricant, quoi conserver) sont détaillées dans nos articles sur la lecture des étiquettes et sur les compléments douteux.

Quand consulter

  • Vous ressentez un effet inhabituel après avoir pris un complément ou un produit à base de plantes : arrêtez-le et parlez-en à un médecin ou à un pharmacien [2].
  • Quelqu’un, un enfant en particulier, a avalé une huile essentielle ou un autre produit par erreur : appelez un centre antipoison (joignable 24 h/24, 7 j/7) sans attendre que des symptômes apparaissent, et gardez l’étiquette ou l’emballage à portée de main [9][14]. Ne faites pas vomir la personne. Le lait n’est pas un antidote [14].
  • La personne ne respire pas ou n’est pas consciente : appelez le 15 [14].
  • Vous êtes enceinte, vous allaitez, vous suivez un traitement ou vous allez être opéré : demandez conseil à un professionnel de santé avant de prendre un produit à base de plantes [2][3][12].

Questions fréquentes

Un produit « bio » ou « 100 % naturel » est-il sans danger ?

Non. Ces mentions renseignent sur l’origine des ingrédients, pas sur leur sécurité. Le NCCIH le dit sans détour : « naturel » ne veut pas toujours dire sûr [2]. L’ashwagandha, le curcuma et la levure de riz rouge, qui ont tous fait l’objet d’alertes, sont d’origine naturelle [4][5][6].

Une tisane présente-t-elle les mêmes risques qu’un complément ?

Pas forcément, et les données manquent souvent. Les avis de l’Anses cités ici portent sur des compléments alimentaires [4][5]. Pour l’ashwagandha, l’agence estime toutefois qu’une réflexion du même ordre mériterait d’être menée sur les tisanes [4]. Et l’EFSA voit dans les alcaloïdes pyrrolizidiniques une possible préoccupation à long terme pour les grands buveurs de thé et d’infusions [8].

Faut-il dire à son médecin qu’on prend des plantes ?

Oui. L’Anses juge nécessaire de signaler à son médecin la prise de tout complément alimentaire [4]. Le NHS conseille de prévenir tout médecin ou professionnel de santé qui vous soigne si vous prenez un médicament à base de plantes ou suivez une thérapie complémentaire [12].

Un complément autorisé à la vente est-il forcément sûr ?

Pas forcément. En France, les compléments à l’ashwagandha ont été mis sur le marché sans que des conditions d’emploi garantissant leur sécurité aient pu être définies, et l’Anses recommande aujourd’hui à plusieurs publics de s’en abstenir [4]. Elle conseille de privilégier les circuits de vente les mieux contrôlés [3], ce qui ne dispense pas de demander l’avis d’un professionnel de santé.

En résumé

« Naturel » renseigne sur une origine, pas sur un niveau de sécurité. Une plante peut contenir des substances actives, parfois toxiques, en quantités qui varient d’un produit à l’autre, et elle peut gêner un médicament. Les agences sanitaires ont documenté des cas précis, de l’ashwagandha à la levure de riz rouge en passant par les huiles essentielles [4][6][9]. Avant de prendre un produit à base de plantes, parlez-en à un pharmacien ou à un médecin, surtout si vous êtes enceinte, si vous suivez un traitement ou si vous avez une maladie chronique. Et si un effet inattendu apparaît, déclarez-le.

Sources

Toutes les sources ont été consultées les 12 et 13/10/2026.

Écrit par M. A. B.

Fondateur de Conception Santé. Chaque article répond à une question concrète du quotidien et s'appuie sur des sources officielles et scientifiques (HAS, Anses, OMS, études publiées), vérifiées avant publication. Les articles sont préparés avec l'aide d'outils d'IA puis relus. En cas de problème de santé, consultez un médecin ou un pharmacien.

Article préparé avec l’aide d’outils d’IA, à partir de sources scientifiques et institutionnelles vérifiées, puis relu par la rédaction. Information générale : ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Notre méthode