À retenir
- Dans un essai de 12 semaines sur 50 femmes, une crème à 5 % a atténué ridules, taches et rougeurs par rapport à la même crème sans niacinamide. L’étude était financée par Procter & Gamble [1][13].
- Dans un essai sur 27 patients atteints de mélasma, une crème à 4 % a donné une amélioration bonne à excellente chez 44 % d’entre eux, contre 55 % avec l’hydroquinone à 4 %, un médicament [7].
- Pour l’acné, la revue Cochrane de 2020 a retrouvé quatre essais comparant la nicotinamide à un antibiotique local : aucun n’avait mesuré l’amélioration jugée par les patients eux-mêmes. Les seules données exploitables (abandons, effets indésirables) étaient de faible qualité [6].
- Lors des tests cliniques compilés en 2005, elle n’a pas provoqué d’irritation jusqu’à 5 %, ni de picotements jusqu’à 10 % [12].
- Elle ne protège pas du soleil [13]. Contre les taches, tout commence par la crème solaire [14].
Qu’est-ce que la niacinamide ?
La niacinamide, aussi appelée nicotinamide, est la forme amide de la vitamine B3 [17]. Dans la peau, elle sert de précurseur à deux coenzymes, le NAD et le NADP, qui interviennent dans de nombreuses réactions du métabolisme des cellules [13][10].
Sur l’étiquette, elle apparaît sous le nom niacinamide, dans des sérums, des crèmes ou des gels. Ce sont des produits cosmétiques. Dans l’Union européenne, ils relèvent du règlement (CE) n° 1223/2009, qui les définit comme des produits destinés à nettoyer, parfumer, protéger, maintenir en bon état ou modifier l’aspect des parties superficielles du corps [20]. Soigner une maladie n’en fait pas partie. Ils ne passent par aucune autorisation avant d’être vendus : c’est au fabricant de garantir leur sécurité, comme le rappelle l’ANSM [16]. La base européenne des ingrédients cosmétiques, CosIng, répertorie la niacinamide sans restriction particulière liée aux annexes du règlement [19].
Une confusion fréquente : la niacinamide n’est pas l’acide nicotinique (niacine). Prise par la bouche, c’est l’acide nicotinique qui provoque des bouffées de chaleur, pas la nicotinamide [13]. Cet article ne parle que de l’application sur la peau.
Comment agirait-elle sur la peau ?
Plusieurs pistes ont été décrites en laboratoire, et aucune n’explique à elle seule les effets observés. Une revue de 2021 le dit sans détour : il n’existe pas aujourd’hui de preuve convaincante que la niacinamide ait une cible précise dans la peau pour agir sur le vieillissement ou la pigmentation [10].
Côté taches, elle ne bloque pas la fabrication du pigment. Dans les tests de l’équipe de Procter & Gamble, elle n’avait aucun effet sur la tyrosinase, l’enzyme clé de la mélanine [2]. Sur des cellules en culture, en revanche, elle freinait de 35 à 68 % le passage des « paquets » de pigment (les mélanosomes) des cellules qui le fabriquent vers celles de la surface [2].
Pour la barrière cutanée, les données viennent d’un laboratoire du fabricant Kanebo [4]. Sur des cellules de peau en culture, la nicotinamide multipliait par 4,1 à 5,5 la fabrication de céramides, ces lipides qui retiennent l’eau dans la couche superficielle de la peau. Appliquée sur une peau sèche, elle augmentait les céramides et réduisait la perte d’eau à travers la peau [4].
Des effets anti-inflammatoires ont aussi été décrits dans l’acné et la rosacée [18]. DermNet, une encyclopédie rédigée par des dermatologues, avance cette action anti-inflammatoire, avec la baisse du sébum, pour expliquer ses résultats sur les boutons [13].
Tout cela rend les effets plausibles. Ça ne dit pas quelle différence on verra dans le miroir.
Ce que montrent vraiment les études
Les preuves cliniques tiennent en une poignée d’essais, souvent petits et courts. En cherchant dans les bases de littérature médicale, nous n’avons trouvé aucune méta-analyse consacrée à la niacinamide appliquée sur la peau, à part des revues sur l’acné qui la mêlent à d’autres actifs [6]. Les revues disponibles sont des synthèses narratives, qui ne pèsent pas les études entre elles [10][11].
| Effet étudié | Essai | Concentration et durée | Participants | Résultat | Lien avec un fabricant |
|---|---|---|---|---|---|
| Ridules, taches, rougeurs | Bissett, 2005 [1] | 5 %, 12 semaines | 50 femmes | Amélioration significative contre la même crème sans niacinamide | Oui (Procter & Gamble) [1][13] |
| Rides du contour de l’œil | Kawada, 2008 [8] | 4 %, 8 semaines | 30 femmes | Amélioration nette ou modérée chez 64 % | Non précisé dans le résumé |
| Taches | Hakozaki, 2002 [2] | 5 %, ou 2 % + écran solaire, 4 semaines | 18 et 120 personnes | Moins de taches, peau plus claire | Oui (Procter & Gamble) [2] |
| Mélasma | Navarrete-Solís, 2011 [7] | 4 % contre hydroquinone 4 %, 8 semaines | 27 patients | Bon à excellent chez 44 %, contre 55 % avec l’hydroquinone | Aucun financement déclaré (équipe universitaire) |
| Sébum | Draelos, 2006 [3] | 2 %, 4 à 6 semaines | 100 + 30 personnes | Baisse du sébum, résultats différents selon le groupe | Non précisé dans le résumé |
| Acné inflammatoire | Shalita, 1995 [5] | Gel 4 % contre clindamycine 1 %, 8 semaines | 76 patients | Résultats comparables | Non précisé dans le résumé |
Sources : essais cités dans le tableau, résumés consultés le 12/10/2026 et revérifiés le 13/10/2026 (texte intégral lu pour l’essai sur le mélasma). « Non précisé dans le résumé » : le financement n’y apparaît pas, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas.
Rides et ridules : un effet mesuré, sur peu de participantes
L’essai le plus cité date de 2005. Cinquante femmes présentant des signes de vieillissement dû au soleil ont appliqué deux fois par jour, pendant 12 semaines, une crème à 5 % de niacinamide sur une moitié du visage et la même crème sans niacinamide sur l’autre [1]. Les chercheurs ont mesuré moins de ridules et de rides, moins de taches, moins de rougeurs, un teint moins jaune et une meilleure élasticité [1]. Les auteurs travaillaient chez Procter & Gamble, qui a financé l’étude [1][13].
Une étude japonaise de 2008 va dans le même sens. Chez 30 femmes, une lotion à 4 % appliquée 8 semaines sur les rides du contour de l’œil a donné une amélioration nette ou modérée chez 64 % d’entre elles, mieux que du côté témoin [8].
Deux essais, 80 participantes, uniquement des femmes : c’est peu pour conclure. Et aucun des deux ne compare la niacinamide à un rétinoïde.
Taches et teint inégal : des résultats, avec un bémol
En 2002, l’équipe de Procter & Gamble a testé la niacinamide chez des femmes japonaises. Après 4 semaines, les taches avaient diminué et la peau était plus claire qu’avec la crème sans actif [2]. Dans le plus grand des deux essais, la niacinamide à 2 % était associée à un écran solaire [2].
Le mélasma, ces plaques brunes du visage qu’on appelle parfois « masque de grossesse », a fait l’objet d’une comparaison plus parlante. Au Mexique, 27 patients ont appliqué pendant 8 semaines de la niacinamide à 4 % sur une moitié du visage et de l’hydroquinone à 4 % sur l’autre, avec une crème solaire SPF 50+ [7]. Les deux côtés se sont améliorés, et l’appareil de mesure de la couleur n’a pas trouvé de différence entre eux [7]. À l’œil, le résultat était bon à excellent chez 44 % des patients côté niacinamide, contre 55 % côté hydroquinone [7]. Des effets indésirables (rougeurs, démangeaisons, brûlures) sont apparus chez 18 % des patients côté niacinamide, le plus souvent légers, contre 29 % côté hydroquinone [7].
Vingt-sept personnes, c’est trop peu pour faire de la niacinamide un traitement du mélasma. L’Académie américaine de dermatologie (AAD) rappelle qu’il n’existe pas de meilleur traitement unique du mélasma et que le soleil peut foncer les plaques existantes et en faire apparaître de nouvelles [15]. Sur sa page consacrée aux taches des peaux foncées, l’AAD liste les ingrédients sans ordonnance qui peuvent les atténuer : acide azélaïque, acide glycolique, acide kojique, rétinoïdes et vitamine C. La niacinamide n’y figure pas [14].
Peau grasse et sébum : des résultats variables
Une crème à 2 % a été testée dans deux essais [3]. Au Japon, sur 100 personnes, la niacinamide a été comparée à une crème placebo. Les deux groupes partaient du même niveau, et après 2 et 4 semaines, la sécrétion de sébum était significativement abaissée dans le groupe niacinamide [3]. Aux États-Unis, sur 30 personnes, la quantité de sébum présente à la surface de la peau baissait après 6 semaines, mais pas le débit de sécrétion [3]. Les auteurs restent prudents : la niacinamide « pourrait » réduire le sébum [3].
Boutons et acné : des preuves faibles
En 1995, un essai sur 76 patients atteints d’acné inflammatoire modérée a comparé un gel de nicotinamide à 4 % à un gel antibiotique, la clindamycine à 1 % [5]. Après 8 semaines, 82 % des patients étaient améliorés avec la nicotinamide et 68 % avec la clindamycine, une différence non significative [5].
La revue Cochrane de 2020 tempère beaucoup ce résultat. Elle a retrouvé quatre essais comparant la nicotinamide à un antibiotique local, et aucun n’avait mesuré l’amélioration jugée par les patients [6]. Les seules données regroupées, sur les abandons et les effets indésirables, sont de faible qualité. En introduction, les auteurs notent d’ailleurs que le bénéfice clinique de ces traitements locaux de l’acné reste incertain [6]. Un sérum cosmétique ne remplace donc pas le traitement d’une acné qui s’installe.
Barrière cutanée et rougeurs
Selon DermNet, au moins deux études ont montré que des crèmes hydratantes contenant de la nicotinamide amélioraient la barrière cutanée de personnes atteintes de rosacée, qui réagissaient alors moins aux nettoyants et aux cosmétiques [13]. L’une d’elles a suivi 50 personnes pendant 4 semaines [9]. Son résumé ne donne pas les résultats chiffrés, et la crème testée était un produit complet, pas de la niacinamide seule [9].
Quel résultat attendre, et en combien de temps ?
Dans les essais, les effets ont été mesurés entre 2 et 12 semaines selon le critère : 2 à 6 semaines pour le sébum [3], 4 semaines pour les taches [2], 8 à 12 semaines pour les rides [1][8]. Ce sont des délais d’études, pas une garantie.
« Significatif » mérite aussi d’être pris au mot. Il s’agit d’écarts mesurés par des appareils ou sur photos, dans des groupes de quelques dizaines de personnes. Un effet statistiquement net peut rester discret à l’œil nu. Pour les taches, il faut de toute façon de la patience : selon l’AAD, une tache un peu plus foncée que la peau s’estompe en général en 6 à 12 mois une fois sa cause trouvée et supprimée [14].
Est-ce bien toléré ?
Oui, dans l’ensemble. En 2005, le panel américain d’évaluation des ingrédients cosmétiques (Cosmetic Ingredient Review) a compilé les tests cliniques disponibles : pas de picotements jusqu’à 10 %, pas d’irritation en usage jusqu’à 5 %, ni allergie de contact ni réaction déclenchée par la lumière (photosensibilisation) [12]. Le CIR est financé par l’association professionnelle de l’industrie cosmétique américaine, tout en se déclarant indépendant d’elle [21]. Une revue de 2021 juge la niacinamide bien tolérée [10], et une revue de 2024, signée en partie par des salariés d’une entreprise du secteur, évoque des décennies d’usage sûr en cosmétique [11]. DermNet note qu’elle convient souvent aux personnes qui ne supportent pas les rétinoïdes ou les acides de fruits [13].
Bien tolérée ne veut pas dire sans réaction. Dans l’essai sur les rides des yeux, une participante a arrêté à cause d’une légère irritation [8]. Dans l’essai sur le mélasma, 18 % des patients ont eu des effets indésirables côté niacinamide [7]. Et un produit qui irrite la peau peut lui-même provoquer des taches, rappelle l’AAD [14].
Les tests de sécurité de 2005 portaient sur des concentrations allant jusqu’à 5 ou 10 % selon le test [12]. Nous n’avons pas trouvé d’étude clinique de tolérance publiée sur des concentrations plus élevées.
Comment l’intégrer sans irriter sa peau
Les essais cliniques ont utilisé des concentrations de 2 à 5 % [1][2][3][7][8]. Si la peau tiraille ou se dessèche avec deux applications par jour, DermNet conseille de passer à une fois par jour, voire un jour sur deux [13]. Si un produit brûle ou pique, l’AAD recommande de l’arrêter [14].
Pour l’ordre d’application, la fréquence et le choix du produit, voir notre article sur le sérum à la niacinamide. Les associations avec les acides exfoliants font l’objet d’un article à part.
Notre verdict : est-ce que ça marche vraiment ?
Oui, en partie. Des essais contrôlés montrent des effets sur les ridules, les taches et le sébum [1][2][3], et la niacinamide est en général bien tolérée [12].
Mais les preuves restent minces. Les essais sont petits et courts, et plusieurs travaux ont été conduits par des chercheurs salariés de fabricants de cosmétiques [1][2][4]. Sur l’acné, les preuves sont faibles [6]. Sur le mélasma, un seul petit essai la compare à un médicament de référence, avec des résultats un peu inférieurs [7].
En pratique, elle peut avoir sa place dans une routine si l’on cherche un effet léger sur le teint, la brillance ou les ridules, à condition d’attendre plusieurs semaines. Elle ne remplace ni la crème solaire, ni un traitement prescrit.
Quand consulter un dermatologue ?
- Si un produit brûle, pique ou déclenche des plaques rouges : arrêtez-le [14], et demandez un avis si la réaction persiste.
- Si des taches brunes s’étendent ou résistent à vos soins : un dermatologue peut dire s’il s’agit d’un mélasma ou d’une autre affection [15]. Certaines taches demandent un traitement sur ordonnance [14].
- Si vos boutons s’installent ou laissent des marques : pour que ces marques s’effacent, il faut d’abord bien traiter le problème de peau qui les cause [14], et les preuves pour la nicotinamide contre l’acné sont faibles [6].
- Si votre visage reste rouge, sec et réagit à tout : ce sont des signes possibles de rosacée [13], qui mérite un avis médical.
- Si le soin utilisé ne donne pas le résultat attendu, l’AAD conseille de voir un dermatologue [14].
Questions fréquentes
La niacinamide fait-elle disparaître les taches brunes ?
Elle peut les atténuer. Dans les essais, les taches ont diminué après 4 à 8 semaines [2][7]. Les études parlent de diminution, pas de disparition, et l’AAD ne cite pas la niacinamide parmi les ingrédients sans ordonnance qu’elle recommande contre les taches [14]. La crème solaire reste la première étape [14].
La niacinamide resserre-t-elle les pores ?
Les preuves sont minces. Un petit essai mené à Taïwan (52 personnes, réparties en deux groupes) a fait tester à l’un des groupes un soin à 4 % de niacinamide seule sur une moitié du visage, avec un placebo sur l’autre [22]. Le nombre de pores comptés par un appareil a baissé à 8 semaines, mais aucune baisse significative n’est rapportée à 12 semaines. Le résultat porte sur un comptage, pas sur la taille des pores, et reste à confirmer. D’autres études montrent une baisse du sébum, variable selon les groupes, avec une crème à 2 % [3].
Peut-on utiliser la niacinamide sur une peau sensible ?
En général, oui. Elle n’a pas provoqué d’irritation jusqu’à 5 % dans les tests cliniques de sécurité [12], et DermNet la dit souvent tolérée par les peaux qui ne supportent pas les rétinoïdes ou les acides de fruits [13]. Une réaction reste possible [8]. En cas de brûlure ou de picotements, mieux vaut arrêter [14].
La niacinamide remplace-t-elle la crème solaire ?
Non. Elle ne protège pas du soleil et n’empêche pas les coups de soleil [13]. Pour les taches comme pour le mélasma, la protection solaire fait partie de la base du traitement [14][15].
En résumé
La niacinamide n’a rien de miraculeux, mais ce n’est pas du vent non plus. De petits essais, en partie financés par des fabricants, ont mesuré des effets sur les ridules, les taches et le sébum, avec une bonne tolérance. Pour le reste, c’est une affaire de durée : de la crème solaire et, si un problème de peau s’installe, un rendez-vous chez le dermatologue.
Sources
Sources consultées le 12/10/2026 et revérifiées le 13/10/2026 ; [19], [20] et [21] consultées le 13/10/2026.
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- [20] Règlement (CE) n° 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relatif aux produits cosmétiques, Journal officiel de l’Union européenne L 342 du 22/12/2009, p. 59, article 2. https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2009/1223/oj (consulté le 13/10/2026)
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