À retenir
- Chez plus de 1 400 adultes équipés d’une balance connectée, le poids variait d’environ 0,35 % dans la semaine, soit autour de 0,3 kg [1].
- Dans le muscle, chaque gramme de glycogène est stocké avec au moins 3 g d’eau [6].
- Dans une étude sur 42 femmes, le poids était plus élevé de 0,45 kg pendant les règles qu’en première semaine du cycle, surtout à cause de l’eau extracellulaire [3].
- Le NHS conseille de se peser à la même heure, de préférence le matin, et de juger l’évolution sur plusieurs semaines [12][13].
- Une prise de poids soudaine, surtout avec un essoufflement ou un gonflement, justifie un avis médical rapide [15][16].
Ce que mesure vraiment la balance
Une balance ne pèse pas « la graisse ». Elle pèse tout : les tissus, l’eau du corps, les réserves de glycogène, ce qui se trouve encore dans l’intestin et la vessie. Les chercheurs de l’étude européenne NoHoW le disent sans détour : une mesure unique peut être faussée par les « fluctuations normales » liées à l’eau corporelle, au glycogène et à d’autres facteurs [1].
Ils en ont tiré une méthode. Pour chiffrer la prise de poids de Noël, ils n’ont pas comparé une pesée avant et une pesée après. Ils ont lissé une série d’au moins quatre pesées dans le mois qui précède et dans le mois qui suit, justement pour ne pas se fier à une valeur isolée [1].
Les causes des variations au quotidien
Les glucides et l’eau stockée avec le glycogène
Le glycogène, c’est la forme sous laquelle le corps met de côté les glucides. On le trouve dans le foie, dans les muscles et même dans les cellules graisseuses, sous forme hydratée : trois à quatre parts d’eau pour une part de glycogène [5]. Une équipe espagnole a vérifié ce rapport sur des biopsies musculaires, chez neuf sportifs entraînés en endurance, après un effort prolongé à la chaleur. Résultat : au moins 3 g d’eau stockés dans le muscle pour chaque gramme de glycogène reconstitué [6]. Une étude de 1982, qui reproduisait un état de jeûne avant une réalimentation riche en glucides, arrivait à 3,21 g d’eau par gramme [7].
En pratique, ce que vous mangez en glucides peut donc faire bouger la balance par le biais de l’eau, et pas seulement de la graisse. Une étude de 1992 sur les régimes très basses calories parle même d’« illusions » de perte de poids facile : au début du régime, le glycogène se vide et entraîne de l’eau avec lui. Quand on recharge en glucides, la reprise peut être « exagérée » pour la même raison [5].
Le sel : un effet moins simple qu’on le dit
Qu’une alimentation très salée fasse retenir de l’eau, c’est une hypothèse « communément admise », rappelle une équipe de chercheurs allemands [8]. La même équipe reconnaît que les données publiées sur les apports élevés en sel et la rétention d’eau sont « contrastées » [9].
Ses propres essais l’illustrent bien. Chez 32 hommes en bonne santé suivis en unité métabolique, des apports très élevés en sel ont fait augmenter le volume de plasma sanguin, jusqu’à 315 ml, mais ni l’eau totale du corps ni le poids [8]. Dans un autre essai, sur neuf hommes, passer d’un apport faible à un apport « normal moyen » a augmenté le volume de liquide extracellulaire de 2,02 litres. Monter ensuite à un apport élevé n’a pas eu cet effet [9].
Le sel influence donc la répartition de l’eau dans le corps. Son effet sur la balance, lui, dépend des apports habituels et varie selon les études. Et ces essais portent sur de petits groupes d’hommes, ce qui limite ce qu’on peut en conclure.
Le contenu de l’intestin et de la vessie
Ce qui n’a pas encore été éliminé pèse aussi. Une revue de la littérature a estimé la production médiane de selles à 128 g par personne et par jour, dont 74,6 % d’eau [10]. Ce qui fait le plus varier cette masse, c’est la quantité de fibres consommées [10]. La même revue situe la production médiane d’urine à 1,42 litre par jour [10].
Se peser avant ou après être passé aux toilettes ne donne donc pas tout à fait le même chiffre. Le NHS recommande d’ailleurs de se peser après [12].
Le cycle menstruel
La sensation de « gonflement » fait partie des symptômes prémenstruels que les femmes décrivent [4]. Dans une cohorte de 62 femmes suivies pendant un an, cette sensation de rétention d’eau, notée chaque jour dans un carnet, culminait le premier jour des règles et était au plus bas au milieu de la phase folliculaire [4]. Attention : il s’agissait d’un ressenti noté sur une échelle, pas d’une pesée.
Les mesures sur balance vont pourtant dans le même sens. Chez 42 femmes pesées deux fois par semaine, le poids était plus élevé de 0,45 kg pendant les règles qu’en première semaine du cycle, une hausse attribuée à l’eau extracellulaire. Aucun autre changement significatif de composition corporelle n’a été relevé [3]. Une petite étude publiée en 2026, chez 21 sportives, retrouve un poids un peu plus élevé en début de cycle (65,2 kg) qu’au milieu de la phase lutéale (64,9 kg), sans différence de masse grasse estimée. Pour ses auteurs, ces écarts reflètent probablement des mouvements d’eau, pas des changements de tissus [17].
Le week-end et les fêtes
Le rythme de la semaine se lit sur la balance. Dans une étude finlandaise portant sur 80 adultes pesés chaque jour, le poids était plus élevé le dimanche et le lundi, puis baissait au fil de la semaine. La hausse commençait le samedi, la baisse le mardi [2]. L’étude européenne NoHoW, sur plus de 1 400 participants, retrouve le même schéma : poids maximal le lundi, minimal le vendredi, pour un écart d’environ 0,35 % [1]. Les hommes variaient un peu plus que les femmes (0,41 % contre 0,29 %) [1].
Les chercheurs finlandais estiment que ces variations entre week-end et semaine doivent être vues comme normales, et non comme le signe d’une prise de poids. Ceux qui « compensaient » le plus en semaine étaient aussi ceux qui perdaient du poids ou le maintenaient. Leur conclusion : les habitudes de long terme pourraient compter davantage que les écarts ponctuels [2].
Les fêtes de fin d’année, c’est autre chose. Pendant la période de Noël, le poids des participants de NoHoW a augmenté de 1,35 % en moyenne, et cette hausse n’avait pas entièrement disparu dans les mois suivants [1].
Une limite à garder en tête : les participants de NoHoW avaient perdu du poids dans l’année précédente et suivaient un programme pour le maintenir. Les auteurs préviennent que leurs résultats ne sont pas forcément représentatifs de la population générale [1].
Quelle variation de poids est normale ?
Les chiffres ci-dessous viennent d’études différentes, menées sur des personnes différentes et avec des méthodes différentes. Ils donnent une idée de taille, pas une norme individuelle, et ils ne s’additionnent pas.
| Facteur | Ce qui a été mesuré | Source |
|---|---|---|
| Rythme de la semaine | Environ 0,35 % du poids, soit autour de 0,3 kg, entre lundi et vendredi | Turicchi et al., 2020 [1] |
| Fêtes de Noël | + 1,35 % en moyenne, pas entièrement reperdu ensuite | Turicchi et al., 2020 [1] |
| Règles | + 0,45 kg par rapport à la première semaine du cycle | Kanellakis et al., 2023 [3] |
| Glycogène | Au moins 3 g d’eau stockés par gramme de glycogène dans le muscle | Fernández-Elías et al., 2015 [6] |
| Selles | Médiane de 128 g par jour, dont 74,6 % d’eau | Rose et al., 2015 [10] |
| Sel | Résultats contrastés selon les essais | Heer et al., 2000 et 2009 [8][9] |
Comment lire sa balance sans se tromper
Le poids varie au cours de la journée. Le NHS conseille donc de se peser à la même heure et dans les mêmes conditions, idéalement le matin : après être passé aux toilettes, avant de s’habiller et de prendre le petit-déjeuner [12]. NHS England ajoute quelques règles simples [13] :
- toujours la même balance, au même endroit ;
- un sol dur et plat (la salle de bains convient très bien) ;
- peu ou pas de vêtements, et les mêmes à chaque pesée ;
- rester immobile jusqu’à ce que le chiffre se stabilise.
Sur la fréquence, les avis divergent. NHS England parle d’intervalles réguliers, d’une semaine à un mois [13]. Le service de diététique du NHS Tayside, en Écosse, recommande de ne pas se peser plus d’une ou deux fois par semaine et de regarder l’évolution sur plusieurs semaines. Il ajoute : ne vous découragez pas si une perte est suivie d’une légère reprise [12]. Une revue de 17 études, menées chez des adultes qui cherchaient à perdre du poids, a de son côté associé l’auto-pesée régulière (quotidienne ou hebdomadaire selon les études) à une perte de poids plus importante, sans effet négatif observé sur l’anxiété ou la dépression [14]. La fréquence variait d’une étude à l’autre, et ces travaux montrent une association, pas une relation de cause à effet [14].
Quelle que soit votre fréquence, une pesée isolée dit peu de chose. Comparez des pesées faites dans les mêmes conditions, sur plusieurs semaines. Et si vous préférez ne pas vous peser, le NHS rappelle que mesurer son tour de taille, de hanches, de cou ou de jambe permet aussi de suivre ses progrès [12].
Quand une variation de poids doit faire consulter
Une prise de poids peut aussi venir d’une accumulation de liquide dans le corps. Le NHS rappelle qu’une telle accumulation peut provoquer une prise de poids soudaine [15]. Le Manuel MSD décrit de son côté l’œdème (un gonflement dû à du liquide) : en général, il s’installe lentement et commence par une prise de poids, des yeux bouffis au lever, des chaussures qui serrent en fin de journée [16].
Quand consulter
- Rendez-vous urgent chez votre médecin : prise de poids soudaine, ou essoufflement en position allongée ou lors des activités de tous les jours [15].
- Rendez-vous dès que possible : gonflement des pieds, des chevilles, des jambes ou du ventre, même sans autre signe [15][16].
- Consultation immédiate : gonflement apparu brutalement, gonflement d’une seule jambe, douleur ou sensibilité importante, essoufflement, toux avec du sang [16]. Même sans ces signes, consultez immédiatement en cas de gonflement si vous êtes enceinte ou si vous avez une maladie du cœur, des poumons ou des reins [16].
- Grande difficulté à respirer : appelez le 15 (Samu) ou le 112 [15][18].
Ces repères servent à vous orienter. Ils ne remplacent pas un avis médical.
Questions fréquentes
Pourquoi je pèse plus le lundi matin ?
Plusieurs études observent ce schéma : le poids monte à partir du samedi, atteint un pic le dimanche ou le lundi, puis redescend en semaine [1][2]. Dans l’étude NoHoW, l’écart moyen tournait autour de 0,3 kg [1]. Les chercheurs finlandais le considèrent comme normal [2].
Pèse-t-on plus le soir que le matin ?
Le poids varie au cours de la journée, rappelle le NHS. D’où son conseil : se peser toujours à la même heure, de préférence le matin, après être passé aux toilettes [12]. Les chercheurs de l’étude NoHoW conseillaient d’ailleurs à leurs participants de se peser au lever, vessie vidée [1]. En revanche, nous n’avons pas trouvé de mesure fiable de l’écart moyen entre le matin et le soir. Méfiez-vous des chiffres avancés sans source.
Les règles font-elles prendre du poids ?
Pas de la graisse, mais un peu d’eau. Une étude a mesuré environ 0,45 kg de plus pendant les règles qu’en première semaine du cycle, sans autre changement significatif de composition corporelle [3]. La sensation de rétention d’eau culmine en moyenne le premier jour des règles [4].
Pourquoi perd-on beaucoup au début d’un régime ?
Au début d’un régime très restrictif, le corps puise dans son glycogène, stocké avec trois à quatre parts d’eau [5]. Une partie des kilos perdus est donc de l’eau, qui revient quand on remange des glucides [5][7]. Les auteurs d’une étude de 1992 parlent d’« illusion » de perte de poids facile [5].
Faut-il se peser tous les jours ?
Les deux approches existent. Le NHS Tayside conseille une à deux pesées par semaine au maximum [12]. Une revue d’études associe l’auto-pesée régulière, quotidienne ou hebdomadaire, à une meilleure perte de poids, sans effet psychologique négatif observé [14]. Dans les deux cas, comparez des mesures prises dans les mêmes conditions et regardez la tendance [12][13].
En résumé
Des écarts de quelques centaines de grammes au fil de la semaine sont courants, et les chercheurs les considèrent comme normaux [1][2]. L’eau liée au glycogène, le contenu de l’intestin, le cycle menstruel et le rythme du week-end font partie des explications [1][3][6][10]. Pesez-vous dans les mêmes conditions et jugez sur plusieurs semaines. Une prise de poids soudaine, en revanche, surtout avec un essoufflement ou un gonflement, mérite un avis médical [15][16].
Sources
Toutes les sources ont été consultées le 12/10/2026.
- [1] Turicchi J, O’Driscoll R, Horgan G, et al. Weekly, seasonal and holiday body weight fluctuation patterns among individuals engaged in a European multi-centre behavioural weight loss maintenance intervention. PLoS One, 2020;15(4):e0232152. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0232152 (consulté le 12/10/2026)
- [2] Orsama AL, Mattila E, Ermes M, et al. Weight rhythms: weight increases during weekends and decreases during weekdays. Obesity Facts, 2014;7(1):36-47. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24504358/ (consulté le 12/10/2026)
- [3] Kanellakis S, Skoufas E, Simitsopoulou E, et al. Changes in body weight and body composition during the menstrual cycle. American Journal of Human Biology, 2023;35(11). https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37395124/ (consulté le 12/10/2026)
- [4] White CP, Hitchcock CL, Vigna YM, Prior JC. Fluid Retention over the Menstrual Cycle: 1-Year Data from the Prospective Ovulation Cohort. Obstetrics and Gynecology International, 2011. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21845193/ (DOI 10.1155/2011/138451) (consulté le 12/10/2026)
- [5] Kreitzman SN, Coxon AY, Szaz KF. Glycogen storage: illusions of easy weight loss, excessive weight regain, and distortions in estimates of body composition. American Journal of Clinical Nutrition, 1992;56(1 Suppl):292S. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/1615908/ (consulté le 12/10/2026)
- [6] Fernández-Elías VE, Ortega JF, Nelson RK, Mora-Rodriguez R. Relationship between muscle water and glycogen recovery after prolonged exercise in the heat in humans. European Journal of Applied Physiology, 2015;115. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25911631/ (consulté le 12/10/2026)
- [7] Chan ST, Johnson AW, Moore MH, et al. Early weight gain and glycogen-obligated water during nutritional rehabilitation. Human Nutrition: Clinical Nutrition, 1982;36. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/6811511/ (consulté le 12/10/2026)
- [8] Heer M, Baisch F, Kropp J, et al. High dietary sodium chloride consumption may not induce body fluid retention in humans. American Journal of Physiology. Renal Physiology, 2000;278. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10751219/ (consulté le 12/10/2026)
- [9] Heer M, Frings-Meuthen P, Titze J, et al. Increasing sodium intake from a previous low or high intake affects water, electrolyte and acid-base balance differently. British Journal of Nutrition, 2009;101. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19173770/ (consulté le 12/10/2026)
- [10] Rose C, Parker A, Jefferson B, Cartmell E. The Characterization of Feces and Urine: A Review of the Literature to Inform Advanced Treatment Technology. Critical Reviews in Environmental Science and Technology, 2015;45. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26246784/ (DOI 10.1080/10643389.2014.1000761) (consulté le 12/10/2026)
- [12] NHS Tayside, Nutrition and Dietetic Service. Understanding your weight. https://www.nhstayside.scot.nhs.uk/OurServicesA-Z/NutritionandDieteticService/PROD_361740/index.htm (consulté le 12/10/2026)
- [13] NHS England. How to Record Your Weight (fiche PDF, 2021). https://www.england.nhs.uk/wp-content/uploads/2021/06/PRN00916-how-to-record-your-weight.pdf (consulté le 12/10/2026)
- [14] Zheng Y, Klem ML, Sereika SM, et al. Self-weighing in weight management: a systematic literature review. Obesity, 2015;23. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25521523/ (consulté le 12/10/2026)
- [15] NHS. Heart failure (page revue le 26 juin 2026). https://www.nhs.uk/conditions/heart-failure/ (consulté le 12/10/2026)
- [16] Thompson AD, Shea MJ. Gonflement (Œdème). Manuel MSD, version pour le grand public, août 2024. https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-cardiaques-et-vasculaires/symptômes-des-maladies-cardiovasculaires/gonflement (consulté le 12/10/2026)
- [17] Wagner M, Wagner A, Löfberg I, et al. Menstrual Cycle Phase Is Associated With Changes in Body Weight, Bioimpedance, and Carbohydrate Intake, but Not in Resting Metabolic Rate in Physically Active Females. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 2026, publication en ligne avant impression (10 septembre 2026). https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42722363/ (DOI 10.1123/ijsnem.2026-0015) (consulté le 12/10/2026)
- [18] Quels sont les numéros en cas d’urgence (Samu, pompiers…) et les numéros d’écoute ? Service-Public.fr, Direction de l’information légale et administrative, page vérifiée le 25 août 2026. https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F33954 (consulté le 12/10/2026)
